Présentation

 

 C’est de Nantes que nous parvient dans ces temps troublés une heureuse nouvelle avec l’ouverture maintes fois différée de l’exposition La parole est à Péret (19 juin-19 septembre 2021). Voilà enfin une manifestation à la hauteur de l’oeuvre et de la vie du poète du Passager du transatlantique, né à Rezé en 1899. L’éternel oublié du surréalisme, celui qui fut aux côtés de Breton, Aragon, Éluard et Soupault un acteur majeur de son invention, apparaît ainsi au grand jour.

Ce numéro des Cahiers vient à point pour rappeler que l’oeuvre de Péret n’a pas toujours été marginalisée mais a connu, dans les années vingt et trente, une heureuse fortune et trouvé de nombreux traducteurs, et non des moindres, dans les revues anglophones : Samuel Beckett, David Gascoyne et Humphrey Jennings parmi bien d’autres. Gérard Durozoi, Michel Remy et Rachel Stella en font le récit minutieux et l’analyse des difficultés pour les traducteurs à saisir la langue jaillissante et déroutante de Péret.

De manière paradoxale, si l’oeuvre de Péret est peu présente dans le monde universitaire et ignorée du grand public, elle a su trouver un intérêt et soulever l’enthousiasme dans de nombreux pays. Aux États-Unis, J. H. Matthews est le seul universitaire qui fasse exception. Auteur de nombreux ouvrages sur le surréalisme, il consacre un ouvrage à Péret – dont nous donnons ici un extrait : « un homme tout d’une pièce » – on lira également certaines de ses traductions tirées de l’ouvrage Vingt poèmes/Peret’s score. L’oeuvre de Péret chemine comme le feu sous la cendre à travers les langues : des passionnés et fervents traducteurs le rendent accessible en allemand, en espagnol, en italien, en portugais, et même en persan, malgré les difficultés et les barrières linguistiques, ainsi que le démontrent Heribert Becker, Jacques Demarcq, Leonor Lourenço de Abreu, Maria Lopó, Karla Segura Pantoja et Behrouz Safdari.

Péret ne fut pas en reste pour traduire lui-même à partir de l’espagnol et du portugais, langues qu’il avait apprises au cours de ses différents exils et voyages. Lui aussi savait s’enthousiasmer pour une oeuvre poétique comme celle du poète péruvien Augusto Lunel. Sans la connaissance de ces deux langues, il n’aurait sans doute pu mener à bien son Anthologie des mythes, légendes et contes populaires d’Amérique, ce dont témoigne sa correspondance avec l’écrivain Emilio Westphalen.

Nous remercions tous les collaborateurs de ce numéro en particulier Gérard Durozoi, Jean-Luc Gillet, Karla Segura Pantoja et Rachel Stella pour leur forte implication ainsi que : Marion Chaigne, Aube Elléouët Breton, Gilles Ghez, Hervé Girardin, Constance Krebs, Guy Roussille et Jean-Claude Silbermann pour leur aide et leur générosité.

 

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