Lourdes Andrade

Admiratrice et disciple d’Octavio Paz qu’elle a bien connu, Lourdes Andrade était le meilleur témoin du surréalisme au Mexique. Elle publia divers ouvrages sur Remedios Varo, Valentine Penrose, Alice Rahon, Leonora Carrington, et une importante série d’essais sur le surréalisme (Para la desorientacion general) ; elle consacra un superbe livre à la maison d’Edward James à Xilitla qu’elle dédia à Jean Schuster dont elle fut la dernière compagne ; elle traduisit Histoire naturelle de Benjamin Péret. Et elle avait tant d’autres projets…
Le jeudi 24 octobre 2002 elle allait présenter son dernier livre, sur Leonora Carrington, Légendes de la fiancée du vent, à la fête du livre de l’Etat de Guerrero, quand elle fut fauchée sur le trottoir par la voiture d’un conducteur ivre.
Lourdes Andrade était une femme si émouvante, une merveilleuse amie.

Claude Courtot, Trois cerises et une sardine, n°11, décembre 2002.

 

 

Jean-Louis Bédouin


Il aimait les femmes, les chats, les arbres, le vin, les pierres.
Il détestait les flics, les curés, les commerçants, les imbéciles.
il savait la peinture, les arts primitifs, la poésie.
Il s'honorait d'avoir été l'ami d'André Breton et de Benjamin Péret qui étaient de grands poètes, et de quelque autres poètes qui étaient de grands amis.
il fabriquait de beaux objets à partir d'épaves que la mer abandonnait sur la plage.
Le Mexique, découvert récemment, l'avait envoûté.
Il n'en revint que pour reprendre à l'océan de merveilleux débris de ses souvenirs, construire de nouvelles embarcations du rêve,
puis appareiller sans retour.

Claude Courtot, Trois cerises et une sardine, n°3, décembre 1996.

 

 

Edouard Jaguer


N’est-il pas évident, à ce rappel, qu’un parallélisme peut aisément s’établir, entre les actions internationalistes entreprises par le mouvement Phases et par le mouvement surréaliste, parallélisme qui se manifeste avant tout par le désir de propager, au-delà des frontières, les idées d’émancipation de l’homme, inhérentes à tous les individus épris de liberté. Saluons avec reconnaissance la trajectoire de notre ami Édouard Jaguer qui a constamment revendiqué l’aspect hautement subversif de l’imaginaire, lui qui écrivait à l’heure des révoltes de la jeunesse à Berlin, Tokyo, Varsovie, Madrid et Paris en 1968:  «L’imagination se moque du pouvoir, car elle a tous les pouvoirs. »

Jean-Michel Goutier, juillet 2006, Trois cerises et une Sardine,n° 9, octobre 2006.



Gérard Legrand

Ceux qui l’ont connu savent qu’il n’était ni un homme d’argent ni un collectionneur : une cigale, qui attendait chaque année avec impatience « le retour du printemps », du soleil et des beaux jours, pour passer, s’il le pouvait, ses vacances en Italie. La maladie, le cancer, pour ne pas le nommer, le contraignit à renoncer à de trop longs déplacements. C’est à Blois qu’il passa ses deux dernières années. Il y fut heureux, recommença à travailler, à aller au cinéma, à collaborer à Positif et réussit à faire éditer son dernier livre : une version définitive DE L’ETERNITE, un florilège. Toujours cette obsession du temps, qu’il exprimait déjà à propos de Laura. Dans le dernier « bloc-notes » qu’il donna, quelques semaines avant sa mort, à Positif, il écrivait : « J’entends bien me vouer désormais au seul culte de la Beauté ». Avec un B majuscule.
Ce dernier été, il participa, pour France-Culture, à l’émission de Mathieu Bénézet sur Benjamin Péret, poète, donc révolutionnaire . Il y faisait l’éloge d’un homme « qui a été, tout au long de sa vie, intégralement surréaliste. Jusqu’à son dernier souffle ». « Et c’était peut-être le seul », ajoutait-il. Il parla magnifiquement du Déshonneur des poètes et de la si haute conception de la poésie qui s’y exprime. Sans nostalgie. Au présent. Le surréalisme n’était devenu pour lui ni un sujet d’étude, ni un simple souvenir de jeunesse. Il demeurait, une conception de la vie, qui vous engage à jamais.

Dominique Rabourdin, Trois cerises et une Sardine, n°7, février 2000.



Octavio Paz


Avec la distance de la lucidité mais avec la proximité de l’affection, Octavio Paz a été au Mexique celui qui a le mieux compris, qui a le plus aimé et qui a commenté de la manière la plus claire le surréalisme , vitupéré d’un autre côté par les intellectuels mexicains de tendance stalinienne.
Le lien direct de Paz avec le surréalisme commence dans les années quarante, quand il noue une amitié profonde avec le poète Benjamin Péret, qui alors vivait au Mexique, exilé par la guerre. Paz lui-même a dit que, bien qu’au moment du voyage de Breton au pays des Aztèques, en 1938, il connût déjà et admirât l’œuvre de celui-ci, ce ne sera que des années après, en 1948, qu’il fera la connaissance de l’auteur de Nadja, à Paris, par l’intermédiaire de Péret qui le mena à une des réunions de café, place Blanche.
Même si à ce moment-là, selon Paz, « le surréalisme avait cessé d’être une flamme », il était  encore «  une braise qui pouvait enflammer l’imagination et réchauffer l’esprit  ».

Lourdes Andrade, "Octavio Paz, étoile errante du surréalisme" , Trois cerises et une Sardine, septembe 1998.



José Pierre

On n’a pas fini de s’interroger sur le sort du projet surréaliste. José Pierre aura eu le mérite de poser, pour un « demain joueur », quelques bonnes questions :
« Tour à tour occulté par ceux qui considèrent que l’on doit cesser de s’en réclamer à tort et à travers et désocculté par ceux qui jugent qu’il faut perpétuer ce qui fut avant eux, ou au contraire occulté par l’insignifiance et la niaiserie de tant d’individus, de publications ou d’œuvres qui se prétendent abusivement surréalistes et alors désocculté par des œuvres de synthèse ou de réflexion qui apportent la lumière sur le passé du mouvement et du coup éclairent sa situation présente, le surréalisme continue, mais pas forcément au grand jour et pas forcément là où l’on dit qu’il est. Mais où est-il et quel est-il ? » (L’Univers surréaliste , éd. Somogy, 1983.)

Au terme d’une vie de combats incessants pour maintenir, face à la confusion des médias et aux tentatives d’annexion par l’Université, une approche non réductrice du mouvement le plus émancipateur du siècle qui s’achève et de l’auteur des Manifestes, ce bretteur infatigable de la cause surréaliste laisse une cinquantaine de volumes à découvrir pour ne pas désespérer de la poésie, cette « bouée phosphorescente dans le naufrage » ainsi que la qualifiait André Breton.
Les 19 et 20 mars 1999, se tenait à l’Hôtel du Département, à Marseille, un Colloque Varian Fry au cours duquel José Pierre est intervenu. Ce fut sa dernière participation à une manifestation publique.

Jean-Michel Goutier, Trois cerises et une sardine, n°7, février 2000.


 

José Pierre et Robert Benayoun

 

Jacques Sautès

La dernière fois que j’ai vu Jacques Sautès, le 24 juin 2000, chez lui, nous avons beaucoup bu – champagne et bon vin rouge. Nous avons parlé de Racine que je défendais et de Shakespeare qu’il exaltait.
Jacques évoqua son entrée dans le surréalisme. Le jazz d’abord – la découverte du livre de Gérard Legrand qui le mena, par ses voies particulières, à la poésie.
Nous parlâmes de tauromachie. Je prétendais que la mise à mort était interdite en France. Jacques soutenait le contraire. Je ne sais qui a raison. Cela n’a plus d’importance. Seule compte la conviction de Jacques qui aimait les livres, le surréalisme, Péret, la peinture, le jazz.
Jacques est décédé le 19 juillet 2000.
La  mer a emporté ses cendres au large d’Ouessant.

Claude Courtot, Trois cerises et une Sardine, n°8, janvier 2001.

 

Claude Courtot, Jean-Marc Debenedetti et Jacques Sautès.

Claude Courtot, Jacques Sautès et Jean-Marc Debenedetti.  Photo Jean-Pierre Plisson.

 

Jean Schuster


C'est le 17 octobre dernier, mais l'Etoile ce soir-là devait être sortie, que Jean Schuster a rejoint Benjamin l'Impossible dans  son "paradis des fantômes". Fantômes heureusement bien vivants que les leurs, à faire pâlir d'envie les survivants que nous sommes par la force des choses. Le temps viendra de prendre toute la mesure de ce que Jean, directeur de Medium (1952), rédacteur en chef de Le Surréalisme même (1956), fondateur avec Dionys Mascolo du 14 Juillet, "organe de résistance intellectuelle" (1958), l'un des promotteurs de la déclaration dite des "121" sur le droit d'insoumission dans la guerre d'Algérie (1960), membre du comité de rédaction de La Brêche (1961), principal animateur de l'Archibtas (1967-1969), aura donné de lui, de sa rigueur de pensée, de sa combativité d'esprit, mais aussi de sa gaieté et de son humour à l'activité surréaliste, tant dans le domaine spécifique à celle-ci que dans celui de la lutte idéologique et politique.

Jean-Louis Bédouin: "Le 17 octobre", Trois cerises et une sardine,n°1,novembre 1995.