Sarane Alexandrian:

Quand on considère ce que sont devenus dans leur vieillesse tant de matamores qui entrèrent dans les lettres le défi au lèvres, le regard hautain, on s’incline bien bas devant Péret. Il n’a pas un instant fait de concessions pour s’attirer les honneurs que méritait son génie. Pauvre, vivotant de son métier de correcteur, il a gardé jusqu’au bout la vertu réfractaire de sa jeunesse. [...] Libre comme le rossignol, mélodieux comme lui, menacé comme lui par la cohorte bruyante des ânes, il n’a cessé de faire entendre le chant qui lui était naturel.

 

Louis Aragon:

Mais celui qui est capable de tout, celui qui est le plus simplement dans le plan héroïque, l'homme qui ne s'est jamais prémuni contre l'existence, celui que l'on rencontre au Soleil Levant, celui qui défie le bons sens à chaque respiration, c'est Benjamin Péret, aux belles cravates, un grand poète comme on n'en fait plus, Benjamin Péret, qui tient en laisse une baleine, ou peut-être un petit moineau.

Une vague de rêve, 1924. 

Jean-Louis Bédouin:

On ne peut séparer chez lui, le poète du militant révolutionnaire, l'amoureux du poète, le révolté du militant. Mais on ne doit pas oublier qu'il ne confondit jamais les plans de la réalité correspondant à ces multiples vocations. Péret ne fit jamais double emploi avec lui-même.

Benjamin Péret, "Poètes d'aujourd'hui", Seghers, 1961.

Robert Benayoun:

Ce grand consommateur d'invraisemblances, qui possède à merveille le don permanent de partance, la faculté du "fond de train" est sans aucun doute le voyageur le plus vite du monde, et le plus disponible, à tout moment.

Anthologie du nonsense, Jean-Jacques Pauvert, 1957.

André Breton:

" [...] il fallait un détachement à toute épreuve, dont je ne connais bien sûr pas d’autre exemple, pour émanciper le langage au point où d’emblée Benjamin Péret a su le faire. Lui seul a pleinement réalisé sur le verbe l’opération correspondante à la « sublimation » alchimique qui consiste à provoquer l’ « ascension du subtil » par sa « séparation d’avec l’épais ». L’épais, dans ce domaine, c’est cette croûte de signification exclusive dont l’usage a recouvert tous les mots et qui ne laisse pratiquement aucun jeu à leurs associations hors des cases où les confine par petits groupes l’utilité immédiate ou convenue, solidement étayée par la routine. Le compartiment étroit qui s’oppose à toute nouvelle entrée en relation des éléments significateurs figés aujourd’hui dans les mots accroît sans cesse la zone d’opacité qui aliène l’homme de la nature et de lui-même. C’est là que Benjamin Péret intervient en libérateur.

Anthologie de l'humour noir.

Claude Courtot:

De tous les poètes surréalistes, Péret est celui qui a pratiqué l'écriture automatique avec le plus de ferveur, de régularité et de spontanéité. De son premier recueil Le Passager du transatlantique (1921) aux derniers poèmes écrits un mois avant sa mort (1959), en passant par les contes (1922-1945), l'automatisme est à l'oeuvre. Péret subvertit le continuum logique. il lance sur les rails du discours traditionnel, des trains de mots inhabituels, de façon à provoquer des déraillements exemplaires.


Paul Eluard:

Une des principales propriétés de la poésie est d'inspirer aux cafards une grimace qui les démasque et qui permet de les juger. La poésie de Benjamin Péret favorise comme nullle autre  cette réaction aussi fatale qu'utile. Car elle est douée de cet accent majeur, éternel et moderne, qui détone et fait le vide dans un monde de nécessités prudemment ordonnées et de rengaines murmurantes. Car elle tend, avec ses images extra-lucides, ses images claires comme de l'eau de roche, évidentes comme le cri strident des oeufs rouges, à la compréhension parfaite de l'inhabituel et à son utilisation contre les ravages de l'exploitation maligne de la bétîse et d'un certain bon sens. Car elle milite insolemment pour un nouveau régime, celui de la logique liée à la vie non comme une ombre mais comme un astre.

Ma fierté est de ne connaître que des hommes qui aiment autant que moi cette poésie spécifiquement subversive qui a la couleur de l'avenir.

Prière d'insérer de Paul Eluard pour De derrière les fagots de Benjamin Péret, 1934.

Julien Gracq:

Benjamin Péret, poète, d'un seul tenant, est mort très riche – laissons les critiques s'en apercevoir après-demain. Il me semble que peu lui importait. Je ne veux ce soir que rouvrir ses poèmes et me laisser arrêter par un titre, titre dédié à l'amitié et à la fidélité, qui ôterait aujourd'hui même à ses ennemis l'envie de sourire: "Toute une vie". Mot auquel si peu d'existences peuvent se mesurer, mais le suivre oui, qui agrandit, pour moi infiniment ses poèmes, et que la mort aujourd'hui contresigne – c'est si rare – impeccablement.

Arts, 30 septembre 1959.

Gérard Legrand:

A l'âge où l'on voit se multiplier les faiseurs et les "tricheurs", il m'est apparu comme l'homme d'un seul tenant. Merveilleuse certitude: savoir que cet homme est possible, le regarder.
Arts, 30 septembre 1959.


Octavio Paz:

Cet homme, Péret, qui croyait si peu en lui, qui attachait si peu d'importance à son oeuvre poétique – une des plus originales et sauvages de notre époque – jamais ne cessa de faire confiance à la vie. Son désespoir et son pessimisme l'empêchaient de se faire des illusions mais ils n'avaient pas détruit en lui ni les idées ni l'espérance. Et l'on pourrait même dire que son espoir se nourissait de son désespoir, et sa fermeté de l'incertitude de sa vie et de celle de notre temps. Une fois de plus: seuls sont dignes de l'éspérance ceux qui ont perdu leurs illusions. Grâce à des hommes comme Péret la nuit dans le siècle n'est pas absolue.

Les Lettres nouvelles, 7 octobre 1959.